Nous savons qu’il existe une maison du dictionnaire et un dictionnaire de la maison. La maison nato a donc eu envie de rassembler ses mots : autant de codes, de clés, de signes et d'intentions qui relient et rallient. Réverbères du chemin des écoliers, ceux du diconato éclairent un peu davantage la syntaxe fantaisie de ce langage incontrôlé.


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Parsons Lucy : révolutionnaire 1853-1942

Même si son certificat de naissance déposé par sa famille figure la Virginie, Lucy Eldine Gonzalez est née au Texas en 1853, année où les Etats-Unis d'Amérique sous les présidences successives de Millard Fillmore et Franklin Pierce connaissent une large expansion territoriale. C'est également l'année où Joaquin Murietta - surnommé le Robin des Bois mexicain - est tué par la police américaine. Métisse née (probablement esclave) de familles noires, creeks et mexicaines, elle se marie avec Albert Parsons en 1871 (année de la Commune parisienne). Ce mariage interracial crée une forte hostilité et Lucy et Albert Parsons ont maille à partir avec le Ku Klux Klan. Le couple quitte le Texas s'installe à Chicago. Anarchistes, ils prennent rapidement part au mouvement social. Lucy écrit dans les journaux The Socialist et The Alarm, journal de International Working People's Association (association qu'elle et son mari ont contribué à fonder). Ensemble, ils militent pour la journée des 8 heures et participent activement à la défense des minorités de couleur, des femmes, des sans-abris et des prisonniers politiques.

Suite à la grève chez McCormick durement réprimée le 1er mai 1886 (un mort et des dizaines de blessés), The Alarm appelle à un rassemblement le 4 mai sur la place Haymarket à Chicago. Au moment de la dispersion, la police charge les derniers participants (contre l'avis du maire de Chicago Carter Harrison), une bombe explose et tue un policier. Six autres seront mortellement blessés dans le chaos qui s'ensuit. Sept hommes sont ensuite arrêtés et accusés des meurtres. Un huitième nom est annoncé, celui d'Albert Parsons qui se livre de suite à la police (lui et Lucy pensant que le procès serait l'occasion d'un vaste soulèvement). Le procès ne fait pas mystère de la raison de l'interpellation de ces hommes, tous anarchistes, dont certains n'étaient pas même présents à Haymarket Square au moment des faits. Le réquisitoire du procureur est éloquent : « Il n'y a qu'un pas de la République à l'anarchie. C'est la loi qui subit ici son procès en même temps que l'anarchisme. Ces huit hommes ont été choisis parce qu'ils sont des meneurs. Ils ne sont pas plus coupables que les milliers de personnes qui les suivent. Messieurs du jury : condamnez ces hommes, faites d'eux un exemple, faites-les pendre et vous sauverez nos institutions et notre société. C'est vous qui déciderez si nous allons faire ce pas vers l'anarchie, ou non. ». Dans une lettre adressée à Albert à l'issue du procès, Lucy écrit : « Je vais maintenant prendre ta place. Je ferai savoir au peuple américain l'assassinat ordonné aujourd'hui à la demande du monopole capitaliste. Moi aussi, je m'attends à monter sur l'échafaud. Je suis prête. » Elle fait le tour des Etats-Unis pour défendre son mari et ses compagnons, mais des détectives surveillent chacun de ses gestes et la police encadre chacune des ses interventions. Malgré un vaste mouvement de solidarité internationale, August Spies, George Engel, Adolph Fischer et Albert Parsons sont pendus le 11 novembre 1887 (Louis Lingg s'est alors déjà suicidé en prison). Le matin du 11 novembre, avec ses deux enfants, elle se rend à la prison pour dire au revoir à Albert Parsons, mais en est empêchée par la police. À Paris en 1889, La IIe Internationale socialiste choisira le 1er mai comme Fête des travailleurs en salut aux militants anarchistes et militants morts à Chicago entre autres pour leur combat pour la journée de 8 heures.

Lucy Parsons ne baisse pas la garde après la pendaison de son mari, bien au contraire. Elle se rend en Angleterre en 1888 où elle parle aux côtés de Pyotr Kropotkine et William Morris. La revue française anarchiste Les Temps Nouveaux l'invite également dans ses colonnes. En 1892, elle crée le périodique Freedom: A Revolutionary Anarchist-Communist Monthly. Ses arrestations durant ses meetings sont fréquentes. En 1905, elle participe à la fondation de l'IWW (Industrial Workers of the World), syndicat constitué de militants ouvriers anarchistes, socialistes et syndicalistes révolutionnaires qui comptera plus de 100 000 membres et fera face à une très violente répression. À partir de 1915, Lucy Parsons se consacre prioritairement au combat contre la pauvreté et le chômage. Elle organise les Chicago Hunger Demonstrations de 1915 et contraint le parti socialiste à y participer. Bien qu'elle n'ait jamais mis en avant son héritage afro-américain, s'étant toujours située d'abord dans les rapports de classe (sur la question du féminisme également contrairement au point de vue d'Emma Goldman, autre grande militante anarchiste), elle défend activement les travailleurs activistes noirs comme les Scottsboro Nine ou Angelo Herndon. Le 7 mars 1942, elle est victime d'un incendie et meurt brûlée. Son compagnon d'alors, George Markstall, décédera le jour suivant de ses blessures pour avoir tenté de la sauver. La police saisira plus de 1 500 de ses livres et écrits personnels. Lucy Parsons sera souvent trop oubliée dans les « grands » livres d'histoire. Le Lucy Parsons Center à Boston est néanmoins dédié à cette militante anarchiste-syndicaliste-féministe-noire-indienne décrite par la police d'alors comme « plus dangereuse que mille émeutiers ».





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