Nous savons qu’il existe une maison du dictionnaire et un dictionnaire de la maison. La maison nato a donc eu envie de rassembler ses mots : autant de codes, de clés, de signes et d'intentions qui relient et rallient. Réverbères du chemin des écoliers, ceux du diconato éclairent un peu davantage la syntaxe fantaisie de ce langage incontrôlé.


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Bottes : n. f.

Une légende dit qu’une princesse, à la vue d’une paire de bottes dans une vitrine, retrouva la grâce de ses jambes et put s’envoler vers de belles aventures. Les bottes sont des chaussures qui couvrent pieds et jambes jusqu’aux mollets, aux genoux ou aux cuisses. Les premières traces ont été relevées vers mille avant J.-C., lequel marchait pieds nus dit-on. Deux mille ans plus tard, en Asie, les nomades portaient des bottines en cuir et les Mongols se chargèrent de répandre cette mode lors de leurs impulsions invasives. Ailleurs, les Inuits d’Alaska se chaussaient de bottes faites de peaux de caribous, de chiens ou de phoques, le grand froid stimule l’invention. Mais, c’est en Europe, lors de la guerre de Cent Ans, que les historiens – parfois chaussés de pantoufles – situent la création des bottes, rapidement commercialisées notamment par la famille Roche de Nantucket. Elles se révèlent particulièrement utiles pour chevaucher. Et là comme ailleurs, l’armée va s’en emparer, aplatissant leur beauté pour créer le sinistre et menaçant « bruit de bottes », remplacé aujourd’hui par le « silence des rangers ». Un comportement particulièrement obséquieux devant un puissant est qualifié de « lèche-botte », l’expression demeure. Ce sont les hommes qui originellement portent les bottes en Europe puisque les femmes montent à cheval en amazone. La Reine Christine et quelques anonymes tenteront d’inverser la tendance. Les bottes les plus hautes, appelées cuissardes, sont exclusivement portées par les hommes (Mousquetaires par exemple). Ce modèle ressurgira quelques siècles plus tard, cette fois porté par les femmes, d’abord vers 1930 grâce à la témérité de l’actrice Bette Davis puis dans les années 60, participant largement à l’imagerie fétichisée de cette turbulente décennie. De toutes les chaussures, la botte est peut-être la plus évidemment symbolique là où elle se trouve. Éminemment fonctionnelle, elle représente le labeur des travailleurs ou des pêcheurs. On la retrouve comme image allégorique enjolivée du western américain (bottes de cow-boy). Les bottes de pluie – ou bottes en caoutchouc - apparaissent de façon expérimentale en 1748, puis de façon répandue en 1853 (Hiram Hutchinson achète les brevets de Charles Goodyear). Marque inusable de l’enfance (la joie de sauter dans les flaques), elle est utilisée également à des fins chorégraphiques et musicales en Afrique du Sud (La danse Gumboot antiapartheid). Dans un monde où le sentiment enfantin est menacé, pour se protéger davantage de la cupidité adulte que de la pluie, les bottes en caoutchouc reviendront sur le devant de la scène - comme une alerte - dans les années 2000. Dans les combats boueux qui opposèrent zadistes aux forces de gendarmerie lors de la résistance anti-aéroport de Notre-Dame-des-Landes, les bottes se trouvèrent être des alliées précieuses des premiers. On ne s’étonnera donc pas d’y avoir retrouvé la princesse de la légende.





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